Première du Plans-Fixes « Roger Jendly. Jouer avec le sérieux d’un enfant qui s’amuse »

18/04/2018 18:30Cinémathèque suisse de Lausanne, salle Paderewski

Il vient de fêter ses 80 ans et célébrera bientôt 60 ans de spectacle. Quelle odyssée pour cet immense comédien, Roger Jendly, né à Fribourg au sein d’une famille de 5 enfants ! Pas un jour sans le plaisir de la scène ou de l’écran, « jouer à jouer » dit-il dans ce Plans-Fixes où il avoue avoir voyagé toute sa vie. Sur scène, bien sûr, avec la compagnie de Shakespeare, Beckett, Tchekhov et Molière, sous la direction de Charles Joris, Benno Besson, Jacques Lassalle, Jorge Lavelli, Luc Bondy. Au cinéma, avec Alain Tanner, Michel Soutter, Claude Goretta, Jean-Luc Godard, Yves Boisset, Georges Lautner et son ami, Michel Piccoli. Au-delà des tournées qui l’ont conduit en Amérique latine et en Afrique, à Paris, Berlin, Vienne, Londres, Rome et Lisbonne, le grand voyage qui le captive et le nourrit porte un nom : l’imaginaire.
La passion du jeu vécue comme une jouissance. « Plus j’avance, plus j’ai envie de jouer », pas de retraite donc pour cet artisan du théâtre qui, enfant, dominant une « timidité folle », donne à voir, avec les gamins de son quartier, de petites pièces dans lesquelles il tiendra son premier rôle : « Le Chat botté. »
Faire du théâtre ? Une évidence, quelque chose de naturel qui ne se discute pas. Si, en famille, sous le coup de midi, on écoutait à la radio les chansons et les sketches de Robert Lamoureux qui l’accompagnera toute sa vie et dont il créera, en 2008, au Théâtre de Vidy, « Un moral à tout casser », c’est bac en poche qu’il décide de gagner Paris y suivre le cours René Simon. Paris l’émerveille : « Moi qui arrivais de Fribourg, j’ai connu quelque chose d’absolument fou. Une amie de la famille m’a accueilli. Première main dans une grande maison de costumes pour le théâtre et le cinéma, elle m’a emmené sur des tournages. Je me souviens avoir vu Brigitte Bardot et Jacques Charrier dans « Babette s’en va-t-en guerre » ; au Châtelet, j’ai applaudi Luis Mariano. J’avais les yeux qui me sortaient de la tête ! »
« Le théâtre s’apprend sur le tas. Devant le public. Ne reste pas trop longtemps dans un cours » lui conseille Pierre Fresnay qu’il admire et rencontre à plusieurs reprises. Le voici bientôt de retour en Suisse romande en quête d’un emploi. C’est au Théâtre populaire romand naissant qu’il le trouve, en 1961. Son aventure, avec ce qui fut la première troupe de décentralisation, durera dix ans. Avec le TPR, à Chézard, puis à La Chaux-de-Fonds, il fait l’apprentissage d’une vie communautaire, œuvre jour et nuit pour un salaire mensuel que les comédiens se sont eux-mêmes fixés (50.-, les premières années !), suit une formation complète – danse, musique, acrobatie, escrime – et pratique un théâtre aux dimensions politiques. Un théâtre populaire qui suscite la réflexion. « Avec Bertolt Brecht et d’autres, que voulions-nous ? Changer le monde ! Nous jouions partout et nos spectacles étaient suivis de débats au cours desquels on nous demandait quelle était la couleur idéologique de notre compagnie… ». Dans un certain sourire, Roger Jendly reconnaît que le théâtre n’a (hélas !) pas changé le monde mais qu’il a influencé sa manière de vivre. Et d’évoquer le personnage de Baal, le rôle-titre de la pièce de Brecht, qu’il interprète au Théâtre de Carouge, dans une mise en scène de François Rochaix (1972). La liberté dont témoigne Baal l’inspire et l’invite à faire des choix en accord avec ses préoccupations personnelles. « Je me souviens avoir refusé La Cerisaie, de Tchekhov, que me proposait Matthias Langhoff pour monter, dans un petit théâtre, à Genève, « La Mort et le Diable », de Franz Wedekind. » Une pièce qui interroge la place de la sensualité dans la vie.
Dès 1972, Roger Jendly est sur tous les écrans. Avec Alain Tanner (« Le Milieu du monde », « Jonas qui aura 25 ans en l’an 2000 », « La Femme de Rose Hill »), Michel Soutter (« Repérages »), Simon Edelstein (« Un homme en fuite »), Claude Goretta (« La Mort de Mario Ricci »), il participe au renouveau du jeune cinéma suisse. Suivront Yves Boisset, Georges Lautner, Claude Zidi, Romain Goupil et Michel Piccoli (3 films) pour ne pas les citer tous. En 1987, sur scène, critiquant non sans humour la frilosité des autorités subventionnant la culture, il joue « Les Méfaits du théâtre », monologue de Jean Charles d’après « Les Méfaits du tabac », de Tchékhov. Si le succès public est au rendez-vous, la profession ne suit pas. Il décide alors de quitter la Suisse pour Paris et Lyon où, durant 7 ans, il travaille avec les plus grands metteurs en scène. Jusqu’au jour où René Gonzalez, à la tête du Théâtre de Vidy, le rappelle en 1991 et lui propose de créer « Le banc de touche », de l’auteur et comédien suisse Jacques Probst. Depuis, Marivaux, Molière, Tchekhov, Pinget l’accompagnent dans son retour au pays, dans des mises en scène de Benno Besson, Joël Jouanneau, Luc Bondy, Gisèle Sallin.

A bientôt 60 ans de carrière et quelque 150 personnages, Roger Jendly continue sa route en plaidant pour « davantage de folie au théâtre, dans le jeu et la vie. » De la folie, en voici avec deux spectacles qu’il vient tout juste de créer : « Le cheval à bascule », de Jean-Claude Brisville, dans une réalisation de Jean-Luc Borgeat et, hommage au théâtre, « Le chant du cygne », de Robert Bouvier.
« Jouer à jouer » dit-il. Mais comment ? A la question, Roger Jendly répond d’une voix tranquille : « Jouer avec le sérieux d’un enfant qui s’amuse. »

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